DélégationBourgogne

YONNE

Accompagner jusqu’au bout du tunnel

« Je vous écris par la présente une demande d’aide afin que je puisse récupérer mes affaires. »

Ses affaires auraient dû suivre Sébastien* jusqu’à son nouveau lieu de détention. Il est donc convenu que le Secours Catholique demanderait un parloir pour une visite. Ce qui était clair pour moi était ce que j’allais faire : rencontrer une personne qui voulait de l’aide. Après, le comment, je n’en savais rien et dans les premiers moments de l’entretien, Sébastien n’en savait pas plus. Nous sommes vite entrés dans le vif du sujet : récupérer ses affaires. Bien vite Sébastien exprime sa gêne devant son impossibilité de faire venir ses affaires sans avoir recours au Secours Catholique.

« J’aurais aimé que quelqu’un de mon entourage ou de ma famille fasse le nécessaire… » Mais voilà, de famille il n’en a plus et de moyens financiers, pas suffisamment pour se passer de l’aide d’un organisme.

« Je voudrais vous voir régulièrement et rembourser le Secours Catholique, j’ai toujours travaillé en détention… »

Les mois passent et les visites s’égrènent, le même rituel à chaque fois… les formalités administratives passées, le bruit des clefs rythme les déplacements… Un temps de nouvelles rapides de ce que vit Sébastien, de ce qui le touche en détention.

Qu’est-ce que Sébastien peut faire concrètement pour avancer dans la direction qu’il choisit ? Sébastien me fait confiance dans ce qu’il me dit, il faut qu’il envisage un dehors qui n’a rien à voir avec ce qu’il vit dedans. Belle prouesse ! Sébastien sait qu’il reste encore trois ans, que ce temps est précieux pour préparer une sortie et reprendre une vie ordinaire.

Voilà de nombreuses années qu’il pense à cela, un à-venir se profile au bout du tunnel. Qui l’attend à la sortie ? « Personne ». Comment lui montrer que ce n’est pas tout à fait vrai ?

De la confiance à la panique, de la panique à l’abandon, par moments le chemin est court. Il faut très peu de chose pour que tout se chamboule. De mon côté, les doutes et incertitudes ne manquent pas. Les suppositions qui mangent une partie de la réflexion peuvent saboter le moral. Mais chaque fois, la même démarche, savoir pourquoi je me rends à cette rencontre, et être dans une posture qui dise à Sébastien : que fais-tu pour sortir d’ici autrement que comme tu y es entré ? Si tu le souhaites, avec toi j’avancerai.

* Le prénom a été modifié.

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